Le sarcophage de Chrodoara

Le sarcophage de Chrodoara

Découvert en janvier 1977 par le Cercle archéologique Hesbaye-Condroz, ce sarcophage d'époque mérovingienne a abrité la dépouille de Chrodoara, connu sous le nom de sainte Ode, fondatrice de la ville d'Amay.

Informations

L'identification :

Le caractère exceptionnel de ce sarcophage est conféré par la figure humaine gravée sur le couvercle. Il existe des sarcophages sculptés dès la fin du VIe siècle mais souvent le décor est uniquement ornemental et si des figures y apparaissent, elles sont rudimentaires. Ici la représentation est riche, la sainte figurée en abbesse, tenant le tau pastoral. Ce bâton pastoral est courbé en branches formant une poignée. Il est tenu fermement par sainte Ode, confirmant son pouvoir abbatial. En usage dès le Ve siècle, la forme de ce bâton n’est fixée qu’au XIIIe siècle. Nous sommes donc ici en présence d’une représentation précoce. Le décor se situant de part et d’autre de sa tête ainsi que sous ses pieds se compose d’entrelacs.

Des inscriptions en bas-relief permettent d’identifier avec certitude la figure représentée sur le sarcophage. Sur l’un de ses pans, on peut lire « CHRODOARA NUBELIS MAGNA ET INCLITIS EX SUA SUBSTANCIA DICTAVIT SANCTOARIA », qui se traduit par « La noble, grande et illustre Chrodoara a enrichi des sanctuaires avec son argent ». Une autre inscription au-dessus de sa tête réaffirme l’identification : « Sanctachrodoara ».

La datation : 

Si la datation reste incertaine, les historiens affirment qu’il s’agit bien d’un sarcophage mérovingien. Les caractères des inscriptions qui y figurent et le style d’entrelacs rappelant l’art insulaire permettent d’estimer la datation entre les VII et VIIIe siècles. Le nom Chrodoara permet également de rapprocher la sainte au clan des Chrodoïnides, avec lequel elle partage un radical. Ce clan, originaire de la région de la Haute-Meuse, était puissant au début du VIIe siècle. On leur doit la fondation des abbayes de Wissembourg (Alsace) et de Beaulieu en Argonne (région chevauchant la Marne, les Ardennes et la Meuse).  

Le diacre Adalgisel-Grimo, apparenté à ce même clan et fondateur de l’abbaye de Tholey, laisse un testament daté de 634 qui nous apporte plus ample information sur Chrodoara. Il y affirme en effet vouloir restituer ses vignes à la basilique Saint-Georges d’Amay, dans laquelle sa « tante est enterrée ».

Le terminus a quo, c’est-à-dire la limite temporelle avant laquelle un évènement n’a pu avoir lieu, est estimé à l’année 589, date de mort du mari de Chrodoara. Les historiens estiment la mort de Chrodoara avant 634. L’estimation du sarcophage s’étend de 589 à 730, laissant en suspens la question du commanditaire. L’a-t-elle commandé ante mortem ? A-t-il été réalisé plus tardivement par un proche ?

De Chrodoara à sainte Ode :

Une chronique de Jean d’Outremeuse, datée du XIVe siècle, indique qu’un couvent de moniales précédait le chapitre collégial de chanoines connu à Amay. On y apprend également que sainte Ode est la fondatrice de cinq églises dans la région, dont celle d’Amay dans laquelle elle repose.

Le nom de Chrodoara, considéré comme insolite et barbare, aurait été changé en Ode, comme l’explique, Sigebert de Gembloux, moine bénédictin du XIe siècle, dans sa chronique universelle.

Catégorisation
Villages Amay
Périodes 7ème siècle
Type de patrimoine Funéraire
Thématiques Histoire
Géolocalisation
50.54873648904219 ; 5.3177958726882935
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